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25 novembre 2013 - Discours du 70ème anniversaire de l'Indépendance du Liban - Fête Nationale


Monsieur le Premier Ministre du Liban,
Monsieur le Représentant de S.A.S. le Prince Albert II,
Monsieur l’Archevêque de Monaco,
Monsieur le Ministre d’Etat,
Monsieur le Représentant du Président du Conseil national,
Messieurs les Conseillers de Gouvernement,
Messieurs les Ambassadeurs et les Consuls généraux et honoraires,
Excellences,
Honorables invités,
Chers amis,


C’est toujours avec beaucoup de plaisir que j’adresse, en pareille occasion, un mot de félicitations à mes compatriotes présents, et un mot de remerciement aux amis du Liban venus partager l’allégresse de notre communauté et lui témoigner leur solidarité.

Malgré l’attentat qui a durement frappé le pays, il y a quelques jours, les Libanais réunis autour de leur Premier ministre et des représentants des plus hautes autorités monégasques célèbrerons ce soir la vie après avoir pleuré hier leurs martyrs.

Pour cette circonstance, celle du 70ème anniversaire de l’Indépendance de notre pays, je tiens à vous dire que mon épouse et moi-même sommes honorés de vous accueillir et de vous souhaiter un agréable moment de rencontres conviviales et joyeuses.

Pour beaucoup, le Liban représente un pays difficile à appréhender. On me demande souvent, avec curiosité et étonnement :
- Comment un si petit État peut-il regrouper tant de communautés différentes ?
- Pourquoi sa population serait-elle imprégnée par des cultures aussi variées ?
- Pourquoi cette diversité aurait-elle engendré autant de problèmes, autant de souffrances?
- comment le Liban parviendra-t-il à vaincre ses vieux démons ?

J’ai pensé que la commémoration du 70è de l’indépendance était l’instant propice pour apporter quelques éléments d’information qui peuvent avoir valeur de réponses aux questions couramment soulevées.


Dans cette perspective, je tiens en premier à préciser que le Liban, dans ses frontières actuelles, est une entité relativement récente, née en 1920 de la réunion de contées et de communautés diverses, conformément à l’accord Sykes-Picot signé entre la France et la Grande Bretagne.

C’est ainsi que 18 communautés différentes se retrouvèrent assemblées pour constituer le Liban qui, pour la première fois de son histoire, devenait une structure étatique. Cette grande pluralité communautaire et culturelle est la conséquence directe de facteurs nombreux qui remontent très loin dans l’histoire de cette complexe terre d’Orient. Il y a eu, d’une part, les dominations étrangères successives qui marquèrent durablement et profondément le pays et façonnèrent la diversité culturelle de ses populations Et de l’autre, les vagues d’arrivées de nombreuses communautés minoritaires fuyant les régimes autoritaires de la région et prenant les chemins du Liban, « pays-labyrinthe, pays-montagne », comme le décrit l’écrivain Salah Steitié.

Les Libanais ont pu dans leur histoire moderne, tant bien que mal, réconcilier cette pluralité avec un souci d’unité nécessaire à l’édification de l’État. Cette diversité bien qu’elle est une richesse pour le pays, elle n’en est pas moins une source de fragilité car un pays aussi divers et aussi ouvert au monde devient exposé aux interférences et ingérences étrangères. Il devient aussi un instrument à l’usage des querelles et des intérêts des plus puissants. Les conflits à répétition qui ont par ailleurs secoué la région n’ont pas épargné le Liban et les vagues successives de réfugiés ont fini par fragiliser son équation. On connaît tous la situation dramatique qui s’en est suivie.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, de Gaulle lançait : « Si la République est sauvée, il reste à la rebâtir ! »

Les Libanais aussi ont pu, malgré une guerre dévastatrice, préserver leur République; et après un premier temps consacré à l’indispensable réhabilitation de l’économie et de l’infrastructure, les voilà qu’ils mettent la culture au centre du chantier de reconstruction du pays. Et c’est précisément par une reconstruction culturelle fondée sur un incomparable héritage de pluralité qu’ils parviendront à renforcer le sentiment d’appartenance nationale et dépasser les clivages pour finalement édifier l’État rêvé, modèle de liberté, de démocratie, de tolérance et d’ouverture.

Les Libanais, tous les Libanais, sont aujourd’hui, plus que jamais, persuadés que cette diversité constitue une force, un atout sans égal dans un monde globalisé, devenu une mosaïque d’ethnies et de cultures différentes.

Les Libanais, tous les Libanais, se reconnaissent désormais dans cette pluralité qui fait leur singularité :

Comment pourraient-ils être indifférents au rôle civilisateur joué dès l’antiquité par leurs prédécesseurs sur cette terre d’Orient ?

Comment pourraient-ils oublier le long millénaire au cours duquel leur territoire fut en communion avec la civilisation occidentale émergeante, et avec le christianisme naissant ?

Et Comment pourraient-ils ne pas se reconnaître dans cette culture arabo-musulmane qui a pénétré leurs régions et marqué leur esprit ?

Aujourd’hui, ils réalisent l’importance que revêt pour le pays la nécessité d’explorer cette diversité culturelle et de la renouveler.

Et cela trouve sa plus belle expression dans les secteurs de l’art, de l’architecture, du journalisme, de l’écriture, du théâtre, du cinéma, de la mode et de la musique, que ce soit au pays ou dans les milieux d’une diaspora disséminée aux quatre coins du monde.

Rendons hommage à l’action conjointe des autorités et de la dynamique société civile,

Aux programmateurs des festivals,
Aux initiateurs des manifestations littéraires et artistiques,
Mais aussi,
Aux responsables d’associations culturelles qui promeuvent la réflexion et encouragent les projets culturels,
Aux entrepreneurs du monde de la culture et de l’art : les libraires, les galeristes, les antiquaires, les gérants de cinéma et de théâtres…
Soyons reconnaissants
Aux organisateurs de débats et de colloques ouverts à des intellectuels d’Europe ou d’Amérique, d’Asie ou d’Afrique,
Aux journalistes, pour leur exigence de liberté,
Aux responsables politiques qui ont mis la culture au cœur de leur projet pour le pays.

Témoignons notre immense gratitude à celles et ceux qui, par leur talent ou par leurs œuvres, s’évertuent à sauvegarder et diffuser la pensée libanaise. Cette pensée diverse, aux couleurs mêlées d’Orient et d’Occident qui a donné au pays du Cèdre sa place particulière dans la région et lui a assuré l’estime et l’admiration du monde entier.

Le dernier hommage, je l’adresse à la femme libanaise pour le rôle central qu’elle occupe dans la culture de notre pays et principalement au sein de la cellule familiale.

Si le pluralisme est l’un des piliers de la culture libanaise, la femme en est un autre par son précieux apport dans la formation des générations. Saluons son rôle !

Pour conclure, je souhaite réitérer mes remerciements à tous les amis du Liban, à vous Monsieur le représentant de SAS, à vous Monseigneur, à vous Excellence, et à vous tous à nos côtés ce soir. Si la fête nationale du Liban est chaque fois un moment de joie et d’émotion, elle est également un témoignage fort et solennel de l’exceptionnelle qualité des relations entre les Libanais et les Monégasques. Des relations à l’image de l’accueil chaleureux qu’offre la Principauté.

Vive le Liban !

Et Vive l’Indépendance !



 
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